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Article écrit suite à la soirée Forsythe (Maillon-Wacken Strasbourg-7novembre10) : au programme, 3 pièces …

 


 

A noter que les élèves qui suivent l’enseignement arts-danse apprennent au cours de leurs 3 années de formation à analyser les nombreux spectacles vus, à développer leur esprit critique et à faire des comptes rendus.

L’article ci-dessous a été écrit par une élève qui vient de quitter le lycée, qui a gardé l’habitude d’aller au spectacle et… d’écrire autour de ce dernier !...pour mieux en garder la trace, mais aussi pour continuer d’éclairer, de laisser « résonner », maturer ce qui a été ressenti, vu et entendu par le biais de l’écriture.

The Vertiginous Thrill of Exactitude (1996)

Deux hommes qui évoluent en miroir ouvrent la pièce. Entrent ensuite trois danseuses, chignons bien tirés, vêtues de tutus verts et des pointes aux pieds. Leurs mouvements sont d'une extrême virtuosité et le rapport qu'elles entretiennent avec les danseurs reste conforme aux conventions classiques, c'est à dire que le danseur est présent pour soutenir la femme, la mettre en valeur grâce à des portés grandioses, et impressionnants techniquement.

Ces mouvements majestueux sont accompagnés de la noble musique de Schubert. Ainsi, on assiste là à une chorégraphie bien conforme à un académisme, à des codes préétablis.

The Vile Parody of Address (1988)

Alors que le rideau vient de s'ouvrir, trois danseurs restent immobiles plusieurs longues secondes, ce qui nous laisse vraiment le temps d'entrer dans un nouvel espace dramatique.

Un des personnages de dos ne fait que tenir un arbuste pendant tout le temps de la représentation. Il est vêtu de brun comme pour symboliser le tronc, lien à la terre. Ce tableau très poétique annonce un autre système de représentation que la pièce précédente, peut-être plus narratif. Parmi les deux autres personnages sur scène, un danseur. C'est lui qui rompt l'immobilité, tout en douceur et en lenteur, en marchant, lenteur qui va contraster avec le caractère plutôt nerveux et rapide des mouvements effectués par la danseuse.

Cette dernière est tantôt dans la verticalité, ancrée dans la terre telle un arbre, tantôt son centre de gravité est plus proche du sol et nous renvoie une conception de la gravité très différente que la pièce précédente. Les deux danseurs vont ensuite se rapprocher pour former un duo dans lequel les rapports homme/femme vont être ambigus. La femme rejette cette figure masculine, elle lui tourne le dos clairement, cependant, cet homme la rattrape, la soutient tout de même. En effet, on peut être surpris par quelques prises de risques de la danseuse qui chute alors qu'elle ignore si le danseur est là ou non pour la rattraper. Ce dernier va finalement l'empêcher de chuter totalement en l'attrapant au dernier moment alors qu'elle se trouve à quelques centimètres du sol. La présence masculine reste donc au côté de la femme malgré le rejet, l'homme est même présenté comme nécessaire à la femme.

Ainsi, on peut distinguer de réels intentions, tensions et sentiments entre ces deux danseurs. Les formes qu'ils effectuent font autrement sens que dans la première pièce par les jeux de départ, de fuites et de rejet.

Par ailleurs, la marche a une place particulière dans cette pièce : après avoir effectués des mouvements complexes, des figures en duo et solo, les danseurs créent une rupture en introduisant une simple marche, donc une sobriété inattendue. Cela rend les choses plus lisibles et annonce une nouvelle unité au sein de la pièce, dans un autre espace.

Le duo ayant pris fin, les danseurs quittent la scène, un homme entre seul, l'arbre reste toujours là, en fond. Les mouvements de ce danseur semblent dégager beaucoup d'énergie, le danseur rend l'air qui l'entoure tel une épaisse et dense matière à travailler. Ce danseur évolue en rapport avec un texte. On n'entend alors plus qu'une voix off, la musique a cessé. Cette voix est grave et posée, ce qui confère à la danse un caractère profond et intense, d'autant plus que les mouvements sont amples.

 

Steptext (1985)

Alors que les lumières sont encore allumées sur le public, un danseur s'avance et effectue, en silence, d'amples mouvements avec le haut du corps. Il garde les deux pieds fixés au sol : cette contrainte nous permet de prendre conscience des différents mouvements possibles, des larges possibilités de mobilité qu'offre un corps dont deux appuis restent fixes.

Un second entre ensuite alors que le premier se retire dans les coulisses. Il effectue, lui aussi, un solo mais cette fois, il danse avec une certaine vitesse ce qui rend certains mouvements presque comiques.

Ces deux solos s'exécutent dans un halo de lumière qui prend sa source à cours, ce qui permet au spectateur d'apprécier les ombres étirées de ces corps en mouvement et de faire la correspondance avec les lignes étirées du tableau qui se trouve au lointain.

La manière d'exploiter la lumière bouscule ainsi les codes traditionnels et peut surprendre les spectateurs voire le gêner puisqu'ils se voient entre eux. Nous ne sommes plus seul à recevoir une représentation mais membre d'un groupe et l'accent est mis sur le fait qu'assister à un spectacle est une expérience collective. Le choix de laisser la lumière sur le public rend ainsi l'entrée dans l'espace dramatique plus difficile.

Par ailleurs, l'univers sonore, très strident est rendu d'autant plus agressif qu'il est "jeté de manière aléatoire et inattendue dans le silence". Ce choix peut effrayer, déranger puisqu'il rompt l'atmosphère posée et apaisée que suggère le silence. Ainsi, cette pièce, malgré le caractère très conventionnel des costumes (académiques rouge pour la danseuse et noirs pour les danseurs), propose un aspect relativement expérimental de la représentation. En remettant en question l'utilisation de la lumière, du son, la représentation devient une mise à l'épreuve et provoque la curiosité et la surprise chez le spectateur .

   

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